Frédéric Bardeau – Président Confondateur Simplon.co et Cofondateur Join Forces

22 juin 2026

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Il va falloir qu’on réfléchisse à l’IA pour ceux qui en ont le plus besoin et pour celles qui en ont plus besoin -l’IA effectivement peut devenir un vecteur d’inclusion parce qu’elle est en langage naturel – mais peut-être pas pour faire des photos de chat inutiles à 8 milliards de personnes.

Votre histoire personnelle avec l’IA ?

Alors l’IA, moi je suis tombé dedans quand je suis tombé dans le Web, donc le 3 septembre 1997 à midi. La première fois que je me suis connecté, j’ai commencé à regarder l’histoire de l’Internet et je suis tombé sur l’histoire de l’IA qui démarre en 1956. Et par la suite, comme j’ai fait de ma carrière professionnelle un focus sur le numérique, je suis retombé plusieurs fois sur l’IA, et notamment en 2018, quand la France s’est dotée d’une stratégie nationale avec le rapport de Cédric Villani. Là, à Simplon, on a commencé à former à l’IA. 

L’IA, un accélérateur d’inclusion ? 

L’IA jusqu’à une date récente, c’était pas du tout dans le domaine du grand public et donc ce n’était pas vraiment un synonyme d’accélérateur d’inclusion. Avec l’arrivée de l’IA générative, le 30 novembre 2022 avec ChatGPT, là on rentre dans une ère où l’IA effectivement peut devenir un vecteur d’inclusion parce qu’elle est en langage naturel. 
Maintenant on parle à nos ordinateurs et ça, ça peut être une très très bonne nouvelle pour les personnes qui sont éloignées de l’emploi, les personnes en situation de handicap, les personnes qui maîtrisent pas bien une langue et donc oui, moi je crois beaucoup que c’est un levier d’inclusion cette IA générative. 

L’IA chez Simplon, ça change quoi ? 

Chez Simplon, qui forme des demandeurs d’emploi au numérique, l’IA on l’a découvert en 2018, et on a commencé à former des personnes pour exercer comme métier l’IA. Donc vraiment des professionnels de l’IA, que ce soit sur la data, sur le machine learning et sur le développement d’applications Web qui intègrent de l’IA. On a formé presque 4000 personnes sur ces métiers-là. 
Et ce que ça change aussi, c’est que maintenant l’IA remplace un petit peu les développeurs. Et donc on est en train d’adapter nos référentiels de formation pour qu’ils puissent utiliser l’IA pour trouver plus de job, mais que ça ne détruise pas leur job.  

Quels effets sur le marché de l’emploi ? 

Comme toutes les ruptures technologiques, il y a des impacts sur les compétences, sur le marché du travail, sur l’emploi, sur la structure des jobs. Donc pour l’instant on est sur des choses qui touchent aux tâches et pas forcément à des métiers en entier, mais à Simplon, on regarde ça comme le lait sur le feu parce que si ça crée des nouveaux jobs, ça nous intéresse pour pouvoir créer de l’emploi pour des personnes qui n’en ont pas. Et si ça détruit des jobs ou des compétences, là aussi il faut qu’on puisse l’anticiper pour l’intégrer dans nos formations donc on surveille ça. Donc ça va être un peu les deux, comme d’habitude, dans des proportions qu’on a du mal à imaginer encore et qu’on ne peut pas prédire, mais on surveille ça de manière très attentive. 

POUR ou CONTRE l’IA pour tous ?  

L’IA pour tous ce serait vraiment une très très bonne idée en ce sens que ça donne un peu des super pouvoirs à tous les gens qui maîtrisent et qui ont été accompagnés pour utiliser l’IA correctement. Là où ça peut poser un problème, c’est la génération de l’IA générative qui est cette famille d’IA qui est effectivement extrêmement énergivore et donc un peu polluante. Si on généralise ça à la totalité des milliards de personnes sur la planète, on a un problème écologique. Donc il va falloir qu’on réfléchisse à l’IA pour ceux qui en ont le plus besoin et pour celles qui en ont plus besoin, mais peut-être pas pour faire des photos de chat inutiles à 8 milliards de personnes.

La France et l’IA : en retard ou en avance ? 

On critique beaucoup en France notre système éducatif parce qu’il est très élitiste, mais il y a un intérêt à cet élitisme : c’est qu’on produit effectivement des grands profils de très bonne qualité dans le domaine de l’IA, des mathématiques et de l’ingénierie. Et donc partout où il y a de l’IA, que ce soit en France ou dans la Silicon Valley, il y a toujours des Français. 
Ça a été le cas pour Siri avec des gens comme Luc Julia, mais c’est vrai pour Mistral et c’est vrai dans toutes les grosses boîtes de tech, chez Meta, chez Google, Deep Mind, il y a des Français. Donc on est plutôt fort. Et là en ce moment on fait naître un écosystème de start-up en France sur l’IA qui est assez performant, qui manque peut-être un petit peu de financement par rapport à la Silicon Valley, mais qui crée des super beaux produits et qui a une bonne vision européenne et française de l’IA et ça c’est bien. 

Les biais générés par l’IA : comment les combattre ? 

On critique souvent l’IA pour ses biais, mais c’est vrai que moi je connais une autre chose qui est très très biaisée, c’est les humains. Et il y a un lien entre ces deux types de biais, parce que les IA ne s’entraînent pas sur des données comme ça qui sont dans le ciel éthéré, elles s’entraînent sur des données humaines et donc en fait elles reproduisent les biais qui sont nos propres biais, des biais sociétaux, de discrimination. Donc l’important c’est de le savoir, d’en prendre conscience, de lutter, de réguler ces biais-là. 
Et puis c’est un miroir aussi qui nous permet de prendre conscience de nos propres biais. Donc voilà ne critiquons pas l’IA pour les biais, essayons plutôt de la débiaiser en nous débiaisant nous-mêmes.

Une IA plus responsable en 2026 ? 

Pour aller vraiment à fond dans le domaine de l’IA responsable, il faut une IA qui soit effectivement frugale, sobre, débiaisée, souveraine, de confiance, c’est très important. Mais il ne faut pas oublier aussi le cas d’usage et ce à quoi on utilise l’IA. On peut faire une IA parfaite sous tous les aspects, mais si on l’utilise pour faire des choses qui détruisent la planète ou qui n’ont pas de sens socialement ou écologiquement ou éthiquement, ce n’est pas vraiment de l’IA responsable. Donc intéressons-nous à comment est fabriqué l’IA, mais aussi à quoi on utilise l’IA. L’IA responsable, elle doit être doublement responsable. 

Un Positive word pour conclure ? 

Être positif par rapport à l’IA pour moi ça veut dire qu’il faut rester optimiste, c’est ça le plus important et ne pas avoir peur uniquement des mauvais côtés et des biais, mais pousser pour qu’il arrive des choses bien avec l’IA.
 

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