Rosalie Mann – Fondatrice de No More Plastic Foundation, conférencière internationale, autrice

20 juillet 2026

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Souvent on pense que le plastique recyclé fait partie de la solution. Or, le plastique recyclé, c’est une illusion parce que quand on recycle un matériau qui est déjà toxique à l’origine, ses substances toxiques ne disparaissent pas, au contraire, elles s’ajoutent. Donc quand on recycle, on travaille contre nous. Il faut vraiment que collectivement on cesse de penser que ça fait partie de la solution. 

Le plastique en quelques chiffres ?

Côté chiffres, on en a plein, parce que malheureusement on vit beaucoup plus à l’ère du plastique qu’à l’ère numérique. C’est d’ailleurs comme ça que les générations futures étudieront notre époque. Les chiffres intéressants sur la pollution plastique, c’est essentiellement dans la production. En 2000, on était à 234 millions de tonnes par an. En 2025, donc 25 ans plus tard, nous sommes à 460 millions de tonnes de plastique et en 2060, on nous annonce 1 200 millions de tonnes de plastique.

Nous avons aussi les terres qui sont 4 à 23 fois plus polluées en concentration de microparticules de plastique que les océans. On parle beaucoup de la pollution dans les océans et pas à mon sens suffisamment des sols qui aujourd’hui sont en réel danger à cause des micro et nanoparticules de plastique. Donc le plastique aujourd’hui est une crise sanitaire majeure puisqu’il est en lien direct avec beaucoup de maladies dont le cancer, l’infertilité, l’endométriose, les maladies cardio-vasculaires, les maladies neurodégénératives, et il y a de plus en plus de preuves scientifiques qui amènent à cette conclusion.

Dans mon ouvrage No more plastic, j’ai réuni près d’une année de recherche sur la question où vraiment on prend point par point tout l’impact sanitaire des micro et nanoparticules de plastique. Il faut savoir que la pollution plastique, c’est bien au-delà d’une question de déchets. C’est une pollution majeure, silencieuse et invisible par les micro et nanoparticules de plastique qu’un produit contenant du plastique génère tout au long de son cycle de vie. On est à peu près aujourd’hui à 70 000 microparticules de plastique inhalées par jour à cause principalement de nos intérieurs.

C’est également une crise de droits humains, puisque l’économie circulaire du plastique, et notamment le recyclage, exploite des femmes, des hommes et des enfants dans une économie soi-disant verte, mais c’est en fait masquer une forme d’esclavage moderne quand on voit les conditions dans lesquelles ils travaillent dans ces pays où l’on prône le recyclage du plastique. C’est aussi une crise économique, puisqu’aujourd’hui l’impact sur la santé nous coûte 1 500 milliards de dollars par an. 

La pollution plastique, c’est aussi une crise climatique parce que le plastique est issu de l’énergie fossile et du pétrole et surtout dégage des gaz à effet de serre extrêmement importants. On vous parle souvent de l’industrie de l’aviation, sauf que l’industrie du plastique aujourd’hui génère le double de toute l’aviation mondiale en ce qui concerne les gaz à effet de serre. Sans parler du fait qu’un plastique recyclé va dégager beaucoup plus de gaz à effet de serre à chaque fois qu’il est au contact d’un rayon UV du soleil. Donc c’est une crise climatique sans nom et toutes les microparticules et nanoparticules qui sont présentes aujourd’hui dans l’atmosphère viennent amplifier les phénomènes météorologiques comme les pluies diluviennes, les tempêtes, les ouragans.

Quelle est votre histoire avec le plastique ?

Alors mon histoire avec le plastique est arrivée au moment de la maladie de mon fils, c’était à peu près maintenant il y a 10 ans. Je me suis rendu compte de l’impact sur la santé des enfants et notamment à quel point c’était des maladies qu’on pouvait éviter si on sortait du déni et qu’on prenait vraiment la question de la pollution plastique pour ce qu’elle était, c’est-à-dire une crise sanitaire. Mon fils est tombé très malade, il est né asthmatique, il a un asthme chronique grave qui s’est aggravé avec le temps. Et un jour aux urgences, un médecin est venu pour me pour me soulager et il m’a dit “Vous savez madame, c’est normal, c’est la pollution”. Et en fait, au lieu de me soulager, cette phrase a été comme un électrochoc pour moi. Je me suis dit comment c’était possible qu’on puisse vivre dans une époque où on tolérait que nos enfants puissent passer autant de temps aux urgences, juste parce que c’est normal, c’est la pollution. Et j’ai creusé la question, qu’est-ce qui se cachait derrière ce mot “pollution” ? On habite dans une grande ville, donc forcément je m’attendais évidemment aux particules fines, mais je ne m’attendais pas du tout à apprendre qu’en fait c’était principalement parce qu’il est né prépollué de micro et nanoparticules de plastique comme tous les enfants de sa génération.

C’était un peu comme si j’arrivais dans la matrice et que pour moi c’était impossible de ne pas agir et de ne pas faire quelque chose contre le déni ambiant qu’il y avait sur le sujet, puisqu’on parlait très peu de microparticules et nanoparticules de plastique à l’époque, uniquement dans les magazines très spécialisés ou scientifiques et absolument pas dans le langage courant. Mon amie Alexandra Cousteau m’a conseillé de monter mon organisation et No More Plastic est née. 

L’illusion du plastique recyclé, dites-nous en plus ?

Alors souvent on pense que le plastique recyclé fait partie de la solution. Or, le plastique recyclé, c’est une illusion parce que quand on recycle un matériau qui est déjà toxique à l’origine, ses substances toxiques ne disparaissent pas, au contraire, elles s’ajoutent. Un plastique recyclé va générer davantage de micro et nanoparticules de plastique. Ces micro et nanoparticules de plastique sont en fait comme des éponges à polluants qui contiennent des métaux lourds, des PFAS, des pesticides. Donc quand on vous dit qu’on a l’équivalent d’une petite cuillère à café de micro et nanoparticules de plastique dans notre cerveau, en fait c’est pas uniquement des perturbateurs endocriniens présents dans ces plastiques, c’est plein d’autres substances toxiques que ces micro et nanoparticules de plastique auront croisées sur leur chemin. Donc quand on recycle, on travaille contre nous. Il est aussi grave de recycler que d’incinérer ou d’enfouir le plastique. Et c’est des idées encore mal reçues qu’aujourd’hui on salue, on récompense, on finance et on fait passer le recyclage comme étant une bonne chose, alors qu’en fait ça ne l’est pas donc il faut vraiment que collectivement on cesse de penser que ça fait partie de la solution. 

La seule solution pour sortir de cette pollution plastique, c’est vraiment de réduire à la source et réduire à la source c’est tout à fait possible. Il y a deux secteurs uniquement qui correspondent à plus de 50 % de cette production. Deux secteurs dans lesquels on peut clairement se passer de plastique : il s’agit des packagings, des emballages et des textiles. Donc quand on nous dit “on ne peut pas faire autrement”, évidemment que on va toujours avoir besoin de plastique dans certains secteurs. Je comprends tout à fait que des astronautes aient besoin d’aller dans l’espace et sur des environnements compliqués avec du plastique dans leur combinaison. En revanche, je ne comprends pas qu’on en ait dans nos sous-vêtements, dans nos vêtements pour nos enfants et dans tout ce qui nous entoure au quotidien. Le fait d’être exposé de façon si quotidienne à ces substances toxiques, et bien au fur et à mesure du temps, nous amène à tomber malade. Aujourd’hui, les enfants qui naissent prépollués tombent malades de plus en plus jeunes, c’est pour ça qu’on voit une telle augmentation des cancers chez les plus jeunes, tout simplement parce qu’ils naissent déjà prépollués. Et l’exposition à ces particules tout au long de leur quotidien vient aggraver différentes maladies. 

Un exemple de mesure ou initiative récente vous semble aller dans le bon sens ?

Alors il y a plein d’initiatives qui vont dans le bon sens, notamment beaucoup d’entreprises qui créent leur business à partir de la volonté de faire sans plastique. Il y a des exemples dans la cosmétique, dans les baskets sans plastique, dans les maillots de bain en laine, sans plastique, parce que c’est possible et c’est pas des maillots de bain crochetés par votre grand-mère en laine ancienne, etc. Ce sont des matériaux très agréables à porter, waterproof, hypoallergéniques, qui protègent des rayons UV du soleil.  

Il y a également l’initiative Plastic Free qui existe depuis plusieurs années et qui tout au long du mois de juillet permet aux gens de déplastifier leur quotidien. Souvent on a du mal à se rendre compte par quoi on va commencer tellement le chemin est énorme et le problème est vaste. Donc le Plastic Free permet à chaque citoyen de retirer un plastique de leur quotidien un peu tous les jours. Et à la fin du mois on se rend compte que c’est tout à fait possible de déplastifier quelque chose dans votre salle de bain dans votre cuisine, dans votre intérieur, dans vos vêtements, etc. 

À quoi ressemblera une stratégie de marque réellement “post-plastique” d’ici 5 à 10 ans ?

Toutes les marques aujourd’hui doivent avoir une stratégie de déplastification si elles veulent aller dans le monde de demain. Tout simplement parce qu’une économie non déplastifiée ne peut pas être viable sur le long terme, puisque le public a de plus en plus conscience de l’impact que cela a sur leur santé, sur le climat, sur l’économie et toute entreprise qui va prendre du temps dans sa stratégie de déplastification va forcément perdre des parts de marché puisque dans le reste du monde, les gens s’organisent déjà : il y a énormément d’entreprises qui commencent à déplastifier et aujourd’hui déplastifier, c’est vraiment aussi décarboner. 

Chaque entreprise devrait regarder à quel point elle est dépendante du plastique issu de la pétrochimie et là en ce moment avec la guerre et l’augmentation du coût du pétrole, il est encore plus important de regarder à quel point on n’est plus dépendant de ce matériau. Sachant que chaque entreprise peut réduire sa consommation de plastique dans les packagings, les emballages et le textile, déjà pour commencer. Il y a énormément d’autres secteurs comme le secteur du jouet par exemple qui aujourd’hui s’organise à l’international avec des alternatives qui existent déjà. On peut faire du verre ultra léger, incassable à base d’algues, beaucoup moins carboné, on a les mycéliums, on a les algues brunes qui permettent de créer des alternatives sans plastique. 

À quoi ressemblera un monde sans plastique ?

Un monde sans plastique, il faut imaginer ça comme un monde d’avenir, c’est-à-dire le monde de demain. Souvent quand on parle de monde sans plastique, on fait peur aux gens, on a l’impression de revenir à l’âge de pierre, de revenir en arrière. Il faut comprendre qu’un monde sans plastique, ce n’est pas un monde sans plastique partout dans tous les secteurs, etc. Bien évidemment qu’on va toujours avoir besoin de plastique issu de la pétrochimie dans certains secteurs comme l’aviation, l’aéronautique, les nouvelles technologies, mais c’est plutôt réduire le plastique là où ça a du sens, là où il nous contamine tous les jours, là où les enfants, les femmes, les hommes sont en contact quotidien avec la toxicité que représente ce matériau. 

Un Positive Word pour conclure ? 

Alors évidemment “déplastifier”. Pour moi c’est un mot d’avenir, au-delà d’avoir un impact sur notre santé, déplastifier est aujourd’hui plus que nécessaire.

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