Pierre-Martin Huet – Senior VP Sustainable Development & Impact chez Michelin
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Alors l’économie de la fonctionnalité, c’est passer de la vente d’un produit à la vente d’un usage. Donc typiquement, au lieu de vendre des pneus de camions à un transporteur, à DHL, on va lui vendre des kilomètres parcourus pour sa flotte de camions.
Qu’est ce que la stratégie « Tout durable » ?
La stratégie « Tout durable » de Michelin, en fait, elle repose sur une conviction forte, c’est qu’il n’y a pas de performance économique durable si on ne prend pas soin des personnes. Pour développer les personnes, pour que les personnes se sentent bien, il faut bien sûr protéger leur environnement. C’est de cette idée qu’est venue notre stratégie « Tout durable » qui repose sur les trois P, People, Profit, Planet, et qui nous amène à considérer tout ce qu’on fait sur le court, moyen et long terme à l’aune de ces trois P.
Des exemples de projets ?
Nous avons un grand programme de conversion des presses de cuisson, des presses vapeur aux presses électriques. C’est très simple, un pneu, vous mélangez tout, plein d’ingrédients, du caoutchouc naturel, des produits chimiques et vous le faites cuire aujourd’hui dans une cocotte minute et demain dans un grille-pain. L’intérêt du grille-pain, donc la presse électrique, c’est que sous l’angle des trois P, People, Profit, Planet, elle apporte un grand bénéfice. En termes de profit, d’une part parce qu’elle va consommer sept fois moins d’énergie que la presse vapeur. Pour le People, l’opérateur sera dans de bien meilleures conditions parce qu’elle chauffe beaucoup moins. Donc en termes de bien-être dans l’atelier, c’est bien meilleur. Et puis pour la planète, en consommant moins d’énergie, elle émet beaucoup moins de CO₂.
Un deuxième exemple, nous avons une grande plantation en Indonésie sur l’île de Sumatra et on a conçu cette plantation vraiment dans un esprit trois P. Le Profit, on va augmenter la productivité de la plantation grâce à la sélection de plants d’hévéa résistant aux maladies. On va travailler le développement social des agriculteurs qui cultivent l’hévéa. On a notamment relogé 1500 familles sur la plantation dans des habitations de qualité. Et puis pour la planète, on s’engage à restaurer ou conserver 25% de la surface de la plantation pour assurer la préservation de la forêt vierge, de la biodiversité, de l’ensemble des merveilles de la nature qui existent sur cette île de Sumatra.
Qu’est ce que l’économie de la fonctionnalité ?
Alors l’économie de la fonctionnalité, c’est passer de la vente d’un produit à la vente d’un usage. Donc typiquement, au lieu de vendre des pneus de camion à un transporteur, à DHL, on va lui vendre des kilomètres parcourus pour sa flotte de camions. Et en fait, ça a deux bénéfices énormes. D’abord, pour le client, ça lui permet de se recentrer sur sa mission principale. Et puis d’avoir une meilleure expérience parce que comme nous sommes professionnels de la gestion des pneus, on va éviter à DHL d’immobiliser des camions parce qu’il y a un pneu crevé, parce que nous aurons mieux su, de manière préventive, gérer l’ensemble du stock de pneus du transporteur. On arrive vraiment à optimiser notre actif tout en étant plus positif en termes d’impact planète parce qu’on consomme beaucoup moins de matière. On estime qu’on économise à peu près 26 000 tonnes de matière chaque année grâce à ce modèle d’économie de la fonctionnalité chez Michelin.
D’autres pistes de diversification ?
La diversification chez Michelin fait vraiment partie de notre histoire. À différentes époques, on a testé, on a innové dans différents secteurs. La diversification, ça fait partie aussi de la robustesse qu’on cherche à développer. Et ces dernières années, on cherche vraiment à se diversifier dans les matériaux de haute technologie, dans ce qu’on appelle les polymères composites, parce qu’on a un savoir-faire unique dans ce domaine lié à notre activité de concepteur et manufacturier de pneus, mais qu’on peut appliquer à d’autres domaines. Au domaine médical, on va faire des valves, par exemple, pour des implants cardiaques. Au domaine de la mobilité bas carbone, on a conçu une voile gonflable pour les bateaux qui permet d’avoir une propulsion vélique et donc bas carbone. Donc c’est des choses qu’on travaille toujours dans cet esprit d’innovation et aussi dans cet esprit du « Tout durable » où on cherche des innovations qui sont positives pour les personnes et pour la planète.
La RSE au cœur, cela implique de faire des choix ?
En fait, la grande question autour de cette stratégie « Tout durable », c’est la question du temps. Nous avons, en tant qu’entreprise du CAC 40, entreprises cotées, nous avons des impératifs court terme, nous devons avoir des résultats financiers de bonne qualité. Et dans le même temps, nous sommes amenés à prendre des décisions lourdes, des gros investissements qui ne vont avoir des payback que de moyen ou long terme. Et dans le domaine de la RSE, c’est très souvent le cas. Et donc ces paris-là, il faut être capable de les faire tout en assurant la rentabilité court terme de l’entreprise.
Un positive word pour conclure ?
Je dirais « émerveillement ». Émerveillement de la capacité d’innovation, d’adaptation, d’engagement, d’enthousiasme, de l’ensemble des personnes qui travaillent au sein et autour du groupe Michelin. Et puis, et surtout, émerveillement sur la nature. On a la chance d’être dans une industrie qui dépend beaucoup de la nature avec l’hévéaculture. On se dit que vraiment, on est sur une belle planète et qu’il faut à tout prix la protéger.
