Hugo Bluet – Chargé de Programme Finance Verte à WWF France

24 juillet 2019

Vous estimez que la nature fournit l’équivalent d’environ 125 000 milliards de dollars par an de services. Vous pouvez nous en dire plus ?

Oui, tout à fait. Alors ces 125 000 milliards de dollars par an, c’est un chiffre qui a été trouvé par un chercheur académique qui s’appelle Costanza, et qui a fait beaucoup de bruit dans le monde des ONG, parce que pour la première fois, on avait une estimation de la valeur des services écosystémiques rendus par la nature aux Hommes, aux entreprises et aux Etats. Cette valeur, les 125 000 milliards c’est une valeur qui pour l’instant n’est pas prise en compte dans les comptabilités des entreprises mais également nationales, comme le PIB et pourtant c’est des services sur lesquels les entreprises et les Etats s’appuient pour faire leur business.

Est-ce que les entreprises réagissent face à ce constat ?

Effectivement, les entreprises, et notamment les entreprises du secteur financier, ont un rôle primordial à jouer dans cette meilleure prise en compte des services écosystémiques rendus par la nature. Le système financier a mis du temps à s’en rendre compte, parce que vous le voyez, le système financier octroie des financements aux entreprises et donc a l’impression qu’il est concerné de manière indirecte par l’évolution de l’environnement. Or, en fait, ce lien est extrêmement direct. Il y a un lien de dépendance et d’impact des financements octroyés par les institutions financières aux entreprises qui les rend extrêmement vulnérables à la dégradation de la biosphère et aux pertes des services écosystémiques. Donc on voit de plus en plus à ce jour d’institutions financières qui commencent à se saisir du sujet et à s’interroger sur, à vrai dire, où suis-je exposé et comment est-ce que j’impacté l’environnement.

Aidez-vous les entreprises à prendre conscience du problème ?

Effectivement. Alors le WWF a trois missions principales. La première, c’est de protéger les espèces. La deuxième, c’est d’informer le grand public, les Etats et également les entreprises. Et le troisième, c’est d’agir avec les entreprises, les Etats et les particuliers pour transformer, changer les pratiques.

Comment accompagnez-vous le secteur financier vers la finance verte ?

En ce qui concerne le secteur financier, le WWF a développé des méthodologies qui permettent d’estimer le degré de réchauffement supplémentaire auquel une institution financière participe. Pour prendre un exemple, cela veut dire que pour une banque donnée, la banque vers laquelle vous et moi nous avons un compte courant et des livrets d’épargne, est en mesure maintenant de vous dire que cet argent finance des activités qui contribuent à un réchauffement de 4, 5, 6 degrés et cet indicateur est extrêmement précieux car il va donner aux institutions financières une boussole pour pouvoir naviguer et prendre des décisions d’investissement qui permettront d’investir dans le monde de demain.

Un positive word pour conclure ?

Alors, un mot pour conclure, que j’utilise assez souvent et qui est vraiment extrêmement important, c’est : Allez poser les questions à vos banquiers, à vos assureurs. Allez leur demander : « Au fait, mes économies, mon assurance-vie, mes livrets d’épargne, quel monde est-ce qu’ils financent ? Est-ce qu’ils financent un monde à 6 degrés, est-ce qu’ils sont responsables pour la dégradation de terres sèches en Afrique, est-ce qu’ils sont responsables pour des émissions de plastique dans l’océan ? » Toutes ces questions, les institutions financières qui ne sont pas, évidemment, les seules responsables, ont néanmoins des réponses à vous apporter. Et il est vraiment extrêmement utile et important que vous les posiez.

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Lire aussi...

Clara Gaymard et Gonzague de Bliginères - Co-fondateurs de Raise

Votre déclic engagement ? Alors c’est un article dans Libération de Mars 2012, première de couv’, il y avait marqué “Jeunes de France, barrez-vous, l’avenir est ailleurs.” On déjeunait ensemble […]

Lire l'article

Stéphane Hallaire, fondateur de Reforest'Action

Suite à l’édition 2021 de Change Now, la discussion continue avec la Positive Interview de Stéphane Hallaire Votre déclic engagement ? Je voulais créer une entreprise d’intérêt général et après […]

Lire l'article

Change Now, édition 2021 - la suite...

Suite à l’édition 2021 de Change Now, la conversation continue avec les Positive interviews de… Thibaut Guilluy, Haut-commissaire à l’emploi et à l’engagement des entreprises au Ministère du Travail Votre […]

Lire l'article
Mentions légales Politique de protection des données personnelles
Aller au contenu principal