Bruce Toussaint – Journaliste et Animateur TV et Radio

11 mars 2026

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Il y a encore beaucoup beaucoup de travail sur cette question des féminicides et on doit continuer à sensibiliser, à aider, à faire de la prévention, à multiplier toutes les alertes, tous les signaux qui peuvent empêcher ces drames.

Quelle est l’histoire au cœur de « Dites-lui que je pense à elle ? » 

L’histoire que je raconte dans ce livre, c’est l’histoire de Nathalie. Nathalie, c’est une adolescente de 14 ans qui était ma cousine, qui vivait en Normandie et qui, en 1984, va croiser la route de son meurtrier. Elle ne le sait pas encore, mais pendant deux mois, elle fréquente, comme on dit, un garçon qui est beaucoup plus âgé qu’elle, qui a 29 ans. C’est une sorte de petit flirt, c’est une histoire d’amour impossible parce qu’il y a trop d’écart d’âge, évidemment, entre ces deux êtres. Mais le garçon, Alfred, qui tombe amoureux de ma cousine, ne va pas supporter qu’elle se refuse à lui. Et après l’avoir harcelé et même violé, il va finir par la tuer, d’une façon assez effroyable, puisqu’il la poignarde à dix reprises, un soir du 18 octobre 1984, dans une cour d’école où il a réussi à l’entraîner. Et cette histoire est une histoire familiale qui est restée longtemps enfouie dans une sorte de mémoire collective, une sorte d’omerta familiale, et j’ai décidé donc de revenir sur cette histoire et de m’y consacrer.

Pourquoi y avoir consacré un livre ? 

J’ai décidé d’écrire ce livre un peu progressivement en fait, d’abord j’ai repensé à cette histoire et puis j’ai eu envie de comprendre pourquoi la famille n’avait pas eu envie d’en parler davantage, mes parents, mes grands-parents, au cours des dernières années. Et puis en fait en m’y intéressant, en enquêtant tout simplement, en retrouvant des coupures de presse, en rencontrant les témoins de l’époque, j’ai découvert que c’était bien plus qu’une simple histoire familiale, que ce fait divers en quelque sorte relatait aussi un féminicide. Sauf que ce mot n’existe pas en 1984. Et même au-delà du mot, c’est presque le concept qui n’existe pas. Donc j’ai voulu raconter ce qui s’était passé entre 1984 et aujourd’hui et pourquoi au fond ce fait divers à l’époque n’avait pas suscité davantage d’émotions que ça. C’est-à-dire que les médias nationaux ne s’y intéressent pas, oui dans le village où ça se produit il y a un choc, il y a une sidération, mais ça ne dépasse pas ce cadre local, comme si au fond, la mort de cette adolescente était quelque chose qui était assez banal en fait. Et donc c’est cette banalité que j’ai voulu dénoncer et c’est ça que j’ai voulu raconter dans ce livre.

Quelle évolution et responsabilités sociétales dans le traitement médiatique des affaires de féminicide ?

Le rôle des médias, il est fondamental dans ce genre d’histoire, parce qu’à l’époque, on raconte l’histoire de ce meurtre comme un crime passionnel. C’est le terme qui est utilisé par les journalistes, mais au-delà d’ailleurs, c’est aussi le terme qui est utilisé dans la société. Donc il a fallu que le regard des médias change pour que la société change. Alors qui accompagne qui ? Est-ce que ce sont les médias qui accompagnent la société ? La société qui accompagne les médias ? Ça, à la rigueur, c’est un autre débat. Ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui, quand une horreur de ce genre se produit, il y a un écho. Ça n’est pas forcément toujours la une de tous les journaux, mais on en parle pour dénoncer, pour dire, il y a encore beaucoup beaucoup de travail sur cette question des féminicides et on doit continuer à sensibiliser, à aider, à faire de la prévention, à multiplier toutes les alertes, tous les signaux qui peuvent empêcher cet ces drames. Et donc, oui, on a un rôle important, on ne peut pas se contenter de raconter. On doit aussi relayer les messages de prévention, relayer les messages d’alerte, essayer de sensibiliser de toutes les façons en fait, beaucoup de témoignages par exemple, ça peut aider. Bref, tout ce qui va aller dans le sens d’une sensibilisation à ces crimes doit être promu le maximum.

Un positive word pour conclure ? 

L’espoir, l’espoir que les choses continuent de changer, moi je crois à ça. Moi je pense qu’on a fait déjà beaucoup de chemin au niveau judiciaire, au niveau policier, on sait mieux accueillir les victimes de violences sexuelles, les victimes de violences conjugales. Il y a encore du travail bien sûr mais déjà, on a franchi des étapes. Donc, je pense que c’est un chemin qui est encore long, mais qu’on est dans la bonne direction. Ça, c’est ce qui me paraît le plus important.

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