Fanny Picard – Fondatrice et présidente d’Alter Equity
Si une vidéo est présente au sein de cette publication, celle-ci ne sera lisible qu'après acceptation des cookies déposés par notre partenaire YouTube.
Oui, c’est possible d’être à la fois responsable et rentable. Les chiffres parlent très favorablement. Les entreprises de notre troisième fond ont connu une croissance en moyenne au premier trimestre de cette année, de 488%.
Qu’est-ce que la finance à impact ?
La finance à impact, c’est une finance qui est utile à l’intérêt à long terme des personnes et de la nature. C’est un investissement dans des entreprises qui, par leur activité, sont utiles aux personnes d’une part, ou à l’environnement d’autre part, en évitant les externalités négatives ou tout ce qui peut être évité en termes d’externalités négatives. Et puis en second lieu, nous demandons à nos participations de progresser dans leurs comportements, dans leurs pratiques de gestion, dans la manière dont elles se comportent, vis-à-vis vis de leurs clients, leurs fournisseurs, leurs salariés, la nature, leur territoire d’implantation, l’État, toutes leurs parties prenantes.
Racontez-nous la genèse d’Alter Equity
À l’origine, je voulais créer un fond qui financerait des entreprises dirigées par des personnes issues de la diversité. Puis sur ce chemin, j’ai rencontré un très grand expert des questions énergie, climat, Alain Grandjean, un des cofondateurs de Carbone 4, qui m’a permis de comprendre la gravité des dérèglements environnementaux et j’ai voulu intégrer cette dimension dans le projet. En y réfléchissant, j’ai pensé à d’autres dimensions de responsabilité de l’entreprise, dont j’avais pu avoir le sentiment au cours de ma vie professionnelle, qu’elles n’étaient pas bien prises en charge par les entreprises, alors que si elles l’avaient été, ça aurait été utile à l’entreprise en même temps qu’au collectif. Et c’est comme ça que petit à petit est née cette idée d’investir dans des entreprises dont l’activité est utile d’un point de vue social d’une part, ou environnementale d’autre part, et puis d’exiger un plan d’action en termes de RSE, ce business plan extra-financier.
Le business plan extra-financier, comment ça marche ?
Alors, pour ce troisième fond que nous levons aujourd’hui et avons commencé de déployer, le business plan extra-financier a deux dimensions : il y a une dimension obligatoire et une dimension qui n’est pas obligatoire. La dimension obligatoire ce sont douze critères sur lesquels l’entreprise va être obligée de progresser : l’ouverture du capital à l’ensemble des salariés le souhaitant, le fait de procéder à un bilan carbone, le fait de former l’ensemble des dirigeants et si possible des salariés aux enjeux environnementaux, le fait de comprendre au moins 30% de femmes dans le comité exécutif, le fait de définir, mettre en place une stratégie de décarbonation, etc. Et au-delà de ces douze critères obligatoires dont la mise en œuvre va être vérifiée par un auditeur, l’entreprise choisit quelques critères supplémentaires dans un référentiel que nous avons construit, qui comprend une centaine de critères. Si ce business plan extra-financier n’est pas atteint jusqu’à un certain niveau, il n’ont aucune rémunération variable, elle saute ; et ils n’ont plus non plus ce que nous appelons dans notre jargon de l’investissement non coté, le management package qui est un dispositif par lequel les fonds intéressent les dirigeants des entreprises dans lesquelles ils investissent à leurs propres résultats financiers. Donc, un impact significatif sur la rémunération des dirigeants de ce business plan extra-financier.
Responsable et rentable, c’est possible ?
Oui, c’est possible d’être à la fois responsable et rentable. On est très heureux d’avoir contribué avec d’autres à le démontrer, avec des modèles comme Murphy par exemple. Murphy, c’est une entreprise dont les techniciens viennent chez vous réparer votre électroménager tombé en panne et qui n’est plus sous garantie, le gros électroménager. Murphy a démontré avec son modèle que ça n’est pas plus cher, bien au contraire, et ça a entraîné un changement majeur dans notre attitude face à la panne. On a investi récemment dans une société qui s’appelle Shellworks, qui produit un substitut de plastique à base de déchets alimentaires qui, en fin de vie, est compostable. Nous avons investi dans une société qui essaie de faire progresser les enjeux de santé mentale dans les entreprises.
Que disent les chiffres ?
Les chiffres parlent très favorablement. Les entreprises de notre troisième fond ont connu une croissance en moyenne au premier trimestre de cette année, de 488%. 9,3 millions de tonnes de CO2 évitées. Ça représente 2,5% des émissions annuelles de la France. 33 investissements réalisés, 12 sorties, 21% de femmes dirigeantes ou C-level des entreprises dans lesquelles nous avons investi, ce qui est à peu près le double du marché. Oui, les chiffres parlent aussi.
Un positive word pour conclure ?
Mon positive word c’est l’économie de la vie. Ce sont toutes les entreprises que nous finançons qui permettent de décarboner, qui permettent de moins polluer, et qui sont utiles à un futur heureux, à un avenir désirable : l’économie de la vie.
